J'étais en charge , cette année-là, d'une classe un petit peu particulière dans la mesure où tous les élèves étaient enfants de parents   issus de l'immigration . La quasi-totalité d'entre eux fréquentait l'école publique depuis la G.S.


Les vingt-cinq élèves s'inséraient théoriquement au sein du cycle 3 et étaient répartis de manière sensiblement égale entre les trois niveaux.

Au plan pédagogique , toutefois , la disparité présidait .

Au C.M.2, voire au C.M.1, le niveau était , dans l'ensemble , correct . De bons élèves côtoyaient des camarades parfois en difficulté. L'âge de certaines élèves du C.M.2, notamment avec une année de "retard" aurait pu constituer un handicap mais ce ne fut pas le cas , loin s'en faut.  

Les élèves du C.E.2 présentaient , par contre , de profondes lacunes notamment en français.

Il a fallu donc composer avec cette caractéristique principale : un unique cycle assez nettement disparate.

Les élèves du C.E.2 firent donc l'objet , notamment au premier trimestre , d'une attention particulière .

La mise sur pied d'un "concours-lecture" permit rapidement une saine et profitable émulation et aussi quelques indéniables progrès . Parallèlement , les autres activités propres à l'apprentissage de la langue furent allégées, le manuel du C.E.1 fut le plus souvent utilisé pour aborder les notions techniques d'orthographe et de grammaire.

Cette résolution , empreinte de vraie modestie pédagogique , fut la voie de la sagesse et de la raison et permit à ces enfants , dont les lacunes étaient réelles, de prendre , ou de reprendre , confiance , de travailler à un rythme adapté  et d'appréhender leur travail de manière relativement satisfaisante.

Ce qui , au premier abord , aurait pu apparaître  comme une notable difficulté s'avéra être un outil incontestable et efficient: la classe fut souvent amenée à travailler dans sa totalité. Si le cycle doit tenir compte du niveau, le niveau doit se servir du cycle.

Cette mise en commun ne se borna pas aux activités de l'après-midi comme , par exemple , la leçon d'E.P.S., elle engloba certains travaux dans le domaine de la langue et en mathématiques.

Le long temps passé  (nous étions en 1992) a réduit considérablement la liste des souvenirs précis et concrets.

On se souvient , toutefois , d'un travail sur la "phrase interrogative" qui avait réuni les trois niveaux dans l'élaboration d'une - longue- liste de questions diverses dans leur contenu et , bien sûr , variées dans leur forme.

Ce questionnaire auquel toute la classe avait activement participé fut envoyé à un sportif de renom qui nous répondit fort aimablement . Ce moment de pédagogie  permit de progresser dans l'objectif technique défini mais aussi de mettre en oeuvre des processus transversaux toujours profitables . Dans le quotidien souvent ardu d'une classe , il est , toutefois , bien difficile d'agir souvent ainsi . Mais là , les circonstances s'y prêtaient .

Dans une démarche similaire , on évoquera  le petit "journal" scolaire, modeste mais existant , incluant toujours les mêmes idées directrices : tout le monde participe , les trois niveaux travaillent ensemble et le souci du lire-écrire-compter est toujours présent.

Une leçon de sciences naturelles s'inscrivit dans un esprit analogue. L'attrait du sport fut l'occasion d'une étude relativement approfondie sur le thème des "articulations". Attention soutenue , intérêt individuel et collectif , interdisciplinarité , interaction verbale ne furent pas de vains mots.

Ces transgressions qui n'en étaient pas , nous avons toujours oeuvré dans le respect le plus strict des programmes officiels, furent favorisées, voire autorisées, par l'environnement général favorable dans lequel les vingt-six acteurs, les vingt-cinq enfants et pré-adolescents , et moi ,  de cette classe eurent la chance de travailler , sans aucune pression extérieure.

C'est important . Et c'est à retenir et à méditer