Ecole et laïcité , danger ? .
Se poser la question est devenu aujourd'hui un impératif ...
"Je vous recommande de vous tenir fermes dans votre droit , de vous barricader dans votre indépendance ... Ne souffrez pas que l'on fasse jamais de vous des agents politiques". (Jules Ferry)
On voit que la question n'est pas d'aujourd'hui . Jules Ferry s'en préoccupait.
Dans ce court extrait il n'est pas fait mention du fait religieux. Cette mise en garde qui recèle aussi des encouragements couvre un champ plus étendu.
L'enseignant a des prérogatives et des "droits" et il lui est instamment conseillé d'user de ce droit (les mots sont vigoureux) pour éviter de succomber à la tentation de devenir l'exécutant d'une quelconque cause politique voire politicienne.
La réelle expérience acquise en exerçant ce métier (ce sacerdoce laïc pourrait-on dire ) m'a appris que l'enseignant faisait bien souvent l'objet de sollicitations venant de parents d'élèves ,de groupements ou associations , voire de de postulants à des emplois .
Les enseignants interpellés n'étaient pas les "agents politiques" volontaires mentionnés pas J. Ferry. Mais l'existence même de ces démarches recelait , probablement le plus souvent involontairement ,mais parfois de façon plus pernicieuse , une atteinte à la liberté de l'enseignant désormais contraint de se plier , de composer , de transiger ...
Lorsque l'intervention avait un caractère individuel elle pouvait sembler bénigne, quoiqu'inappropriée, mais certaines questions parentales lors de la réunion d'information de début d'année relevaient plus de l'ingérence, notamment dans le domaine de l'enseignement de l'histoire, que du légitime souci d'être informé.
Quand elle émanait d'une entité quelconque , une association par exemple , elle revêtait un aspect déplaisant mettant en cause de façon inconvenante et parfois virulente le travail du maître et même la conduite générale de l'ensemble de l'école.
Ce type d'intrusion est un réel danger pour la laïcité . La boite de pandore ouverte, tous les excès; y compris et surtout politiciens et partisans , sont susceptibles de transformer l'école de tous en école de quelques uns ...
Il est un domaine scolaire où l'indispensable souci de laïcité peut êtres soumis à rude épreuve , celui de l'enseignement de l'histoire à compter du début du cycle 3.
"L"histoire est menteuse" disait , sans nuances , Honoré de Balzac. Marcel Pagnol écrivait , toujours sans nuances,que les manuels scolaires n'étaient que des recueils de prosélytisme officiel.
Ces jugements qui peuvent paraître bien abrupts ne sont pas totalement injustes. Et ils constituent une mise en garde dont le maître qui n'est pas forcément un historien de formation , loin s'en faut, doit tenir compte , non comme une contrainte mais comme une aide .
On sait que l'histoire s'adressant à des adultes est bien souvent honteusement dévoyée par des individus et des groupes ayant d'autres préoccupations et d'autres objectifs.
Là , on parle à des enfants , la prudence , la rigueur et l'honnêteté doivent être présentes à chaque instant .
On pourrait ajouter que l'histoire est "trompeuse". L'enseignant , non initié , peut , en toute bonne foi, se tromper . A lui de savoir se munir d'une documentation fiable , pas nécessairement considérable (ceci est un autre débat) et de faire preuve de sagacité.