"Dictature" , le mot est fort , convenons-en , mais pas totalement incongru.
Je vais , ici, conter une anecdote assez révélatrice .
Un jour , un parent d'élève, et néanmoins ami d'enfance , papa d'un garçon qui allait intégrer un des deux "CM2" (on subodore la problématique ...) s'adressa au directeur que j'étais, avec inquiétude et espoir .
La rumeur parentale considérait, en effet , que l'un des maîtres du "CM2" était particulièrement efficient dans l'enseignement des mathématiques et qu'il faisait , dans son travail quotidien , un effort particulier et notable dans cette discipline .
Ce papa qui avait eu vent de ladite rumeur me demanda donc , au nom de notre vieille , et réelle , amitié d'affecter son fils dans cette classe où on se préoccupait beaucoup de la chose mathématique ...
Même si ma réponse fut celle de l'amitié , elle fut précédée par celle de l'humilité et de la légalité . Je fis remarquer que n'étant pas inspecteur je n'étais pas habilité à juger le travail de mes deux collègues. J'ajoutais, toutefois , que tous les maîtres et maîtresses de cette école, étaient des enseignants expérimentés.
Mais cet épisode est révélateur .
Révélateur d'un état d'esprit, ,d'une croyance , d'une forme d'inquiétude aussi . Quand on est parent, on veut que son enfant reçoive la meilleure instruction possible . On sait aussi qu'après les études, l'insertion dans le monde du travail ne sera pas chose aisée. On veut être armé et on pense qu'une solide formation mathématique peut permettre un accès plus facile au marché de l'emploi.
Cette croyance n'est pas exempte d'une certaine pertinence . Un jeune possèdant une formation plus axée dans les domaines scientifiques a sans doute des possibilités plus étendues dans la recherche d'un emploi ,nonobstant la présence de bien d'autres critères .
Mais ces louables et compréhensibles projections dans le futur de l'élève ne doivent pas nous faire oublier le présent et le vécu de l'école primaire .
A l'école primaire , on est en charge de préparer l'avenir de l'enfant devenu élève . C'est même pour cela que l'enfant y va (même si parfois il n'y va pas volontiers , mais cela est un autre débat).
Mais l'école primaire n'est pas un lieu de spécialisation précoce ... Un élève apprend à lire , à écrire et ...à compter (bien sûr) mais on ne lui apprend pas un métier ...
Entre 6 et 11 ans , il n'est pas question d'en faire des spécialistes de quoi que ce soit ...
Mais , on doit lui apprendre à lire .
On doit surtout ,et principalement , aider l'enfant-élève à acquérir, à assimiler et à utiliser des possiblités lui permettant d'accèder , progressivement, à une connaissance toujours plus étendue du monde concret qui l'entoure . Pour cela il faut connaître la signification des choses . Et l'outil c'est la langue et sa meilleure maîtrise possible ...
Nous ne sommes pas là pour nous livrer à une ridicule et inutile polémique entre présumés "littéraires" et supposés "scientifiques".
Nous sommes à l'école primaire et la tâche la plus vaste qui incombe au maître et à l'élève est de côtoyer l'acquisition la plus efficiente du langage écrit et oral et de sa compréhension.
On a coutume de dire que les programmes de "français" sont plus chargés que ceux des "mathématiques". C'est vrai et c'est explicable .
Car les mathématiques sont aussi , à l'école élémentaire, du français .
Les notions mathématiques , et il y en à même à ce niveau , ont des noms . Entre elles , il y a d'incessantes interactions qui nécessitent des verbes . La façon de les mettre en oeuvre requiert des adverbes , des adjectifs qualificatifs ... Il faut apprendre à jauger , estimer et appliquer cela ...
Les soucis de certains parents à l'entrée du CM2 , concernant l'enseignement de la mathématique, ne sont pas rares... Ils ne sont pas justifiés car ce qui importe à ce niveau c'est la meilleure possession possible de la langue . Muni ce ce viatique , l'élève est bien mieux muni pour affronter la "dictature" des maths.