Même si désormais il doit être titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur, le professeur des écoles n'est pas appelé à exercer un  enseignement  spécialisé .

On n'exige pas de lui la mise en oeuvre d'une formation précise et poussée dans un champ bien délimité  mais on lui demande d'exercer son métier dans le cadre d'une polyvalence disciplinaire  étendue  et variée.

Il faut être clair et l'institution est claire dans ses instructions .

Au cycle des apprentissages fondamentaux , les maîtres (et maîtresses) doivent enseigner 6 disciplines  : "français","mathématiques" , "langues vivante   et régionale","EPS" ,  "enseignements artistiques" et ,in fine, "questions sur le monde" .

Au cycle des consolidations ( les CM) , la nomenclature se fait désormais plus précise , voire plus traditionnelle :" français" , "mathématiques" , "langue(s) vivante(s)", "EPS" , "enseignements artistiques" mais on mentionne formellement "sciences et technologie" et "histoire-géographie".

L'éventail est large , demeure large mais  il est dans la normalité des choses . L'école élémentaire est le lieu privilégié de la polyvalence  et la polyvalence est l'objectif fondamental  du travail de l'enseignant , objectif parfois difficile à atteindre mais indiscutable. . 

Cela ne se réfute  pas  donc , mais , hélas , parfois cela se délaisse un petit peu , se contourne aussi  de temps en temps ...

Car , en l'occurrence , rien n'est aisé .

Il y a une exigence de temps , point important que l'on sait parfois transformer en prétexte ."Je n'ai pas le temps de tout faire " entend-on bien souvent . Et il est vrai que la difficile gestion du temps conduit quelquefois à instaurer des priorités  qui n'ont pas lieu d'être  mais qui deviennent inévitables .

Il y a , autre écueil, la difficulté supposée ou réelle , souvent réelle , du défaut de compétences appropriées. On enseigne les mathématiques et le français  , domaines fondamentaux , on étudie  l'histoire-géographie parce qu'on est aussi citoyen et qu'on a des souvenirs ... Puis surviennent les situations presque embarrassantes , il faut, par exemple ,  professer l'EPS  et les enseignements artistiques disciplines réclamant, pense-t-on , des capacités spécifiques ...

Ces réserves ne sont pas négligeables et posent le problème de la formation . 

Il y a également , à ne pas dédaigner désormais , l'attrait pour telle ou telle discipline . La spécialisation des P.E. au sein d'études supérieures longues peut pousser ces derniers à la tentation de privilégier la matière étudiée à l'université , par appétence , par aptitude mais aussi par une confiance plus grande  surtout quand on débute. Ce dernier point est notamment observable dans la conduite des deux matières fondamentales . On peut être amené à favoriser le  "lire-écrire" aux dépens du "compter" ou inversement .Cela arrive souvent et ce n'est pas la démarche la plus idoine et la plus rationnelle .

La polyvalence est donc une complexité . Elle est une obligation institutionnelle . Elle est surtout très  naturelle à un âge où toute idée de spécialisation est exclue et ou , précisément , il convient d'acquérir les ressources préalables  qui , plus tard , permettront  d'accéder aux spécialisations souhaitées.

On a consacré du temps à évoquer les réserves ...Mais il y a le bon revers de la médaille ...

La polyvalence , qui est certes exigeante ,ne doit pas être considérée  comme  un fardeau , loin s'en faut .

Elle est variété . Quand en face de soi on a des gamins de 6-10 ans , on  leur apprend, on les aide à apprendre ,et parfois on apprend avec eux ,des chose diverses  et variées. 

Les sujets sont multiples :le lire , l'écrire et le compter priment .Ce n'est même pas une priorité , c'est une base absolue.On fréquente les écoles pour cela et sans cela on ne peut rien faire .

Mais précisément , le lire , l'écrire et le compter , si fondamentaux ,  sont à la fois ,une fin en soi et un viatique pour d'autres tâches qui , en retour, serviront à mieux lire et à mieux écrire .

Mais ces tâches s'apprennent aussi à l'école ...

Il faut , par exemple , avant d' apprendre la préhistoire et l'histoire , tenter de structurer le temps , avant d'apprendre la géographie structurer l'espace .

J'ai souvenance d'une enfant ayant longuement entendu des parents venus d'Alsace évoquer leur région  et qui un jour eut l'occasion de visiter avec les dits  parents un coin de Corse qu'elle ne connaissait pas du tout . Sa réaction fut presque mémorable : "C'est l'Alsace ici ?" 

On voit l'ampleur du travail . Il faut structurer l'espace , il y a un aspect concret , on peut toujours faire une sortie dans le quartier ...

Plus délicat il faut structurer le temps , le penser .Mais on a aussi le droit de le lire avec les documents . Avec la progression en mathématiques , les dates deviennent plus malléables . Il faut faire alors faire travailler la mémorisation...

Et les sciences méritent autant d'attention . Les plantes , les animaux , son propre corps posent questions . Et faire briller une ampoule ? Les interrogations sont innombrables . On ne va pas illico presto répondre à tout . On va même répondre à très peu de choses .Mais on va chercher , s'intéresser , manipuler , se tromper etc...Et le maître qui ,encore une fois, n'est pas spécialiste, va devoir "mettre les mains dans le cambouis". Mais il ne doit pas considérer cela comme un pensum, car cela n'est pas un  car cela fait partie de sa profession et c'est même ce qui rend cette profession concrètement passionnante. 

Quand nous étions élèves , le samedi après-midi ( eh oui , il y avait classe) nous avions dans notre emploi du temps "plein air" , un long moment passé sur les terrains vagues jouxtant l'école et essentiellement consacré à une interminable partie de football. 

Aujourd'hui les instructions officielles ont  inscrit l'EPS comme discipline à part entière dans le programme hebdomadaire . Cela suppose l'établissement d'une progression , la définition d'objectifs , la mise en oeuvre d'une réflexion adéquate et sans doute un petit peu  de courage chez beaucoup d'enseignants qui , diront-ils , n'ont pas l'âme sportive . Mais pour faire un petit peu d'EPS avec un groupe d'élèves il n'est pas nécessaire d'être soi-même un sportif patenté. De même , il n'est pas indispensable de disposer d'un matériel sophistiqué même si cela aide.

Un raisonnement similaire peut être tenu pour les activités classées dans les domaines artistiques : dessin , peinture , musique . Heureuses sont les classes qui voient arriver le maître d'école portant avec lui , modestement mais fièrement , une vieille mais honorable guitare , par exemple .

Heureuses sans doute mais pas forcément majoritaires , voire nettement minoritaires. Et là , le maître (ou la maîtresse) même non spécialiste aime les mélodies , aime les sons harmonieux , aime la chanson . Le pas n'est pas difficile à franchir pour faire , un petit peu , modestement mais réellement , de l'éducation musicale...

Reste à enseigner les sciences ...Le béotien que j'étais s'y est attelé avec une constance et une abnégations dignes d'éloges (pardonnez l'auto compliment). Parce que du courage , il m'en fallait devant la supposée  complexité du labeur . Les premiers moments d'inquiétude passés , je me suis dit, qu'après tout , je n'étais pas dans un centre de recherche ou un laboratoire et que je  n'allais pas transformer mes jeunes élèves en chercheurs aguerris et performants . Ce n'était pas ce que me demandait l'institution , et je me rassurais ainsi moi-même ...

En m'attelant à la tâche , je pris donc le parti de la simplicité et de la modestie . 

Simplicité dans les choix des thèmes  (conformes aux I.O.toutefois ) , dans les démarches pédagogiques , simplicité également dans les objectifs opérationnels et concrets .../...