Les trop fameuses notes et toutes les interrogations , discussions ,craintes, voire polémiques, s'y rapportant ... Comme l'immense majorité de mes collègues , j'ai passé beaucoup de temps , j'ai employé beaucoup d'énergie , j'ai entamé beaucoup de réflexion aussi pour conceptualiser , imaginer et attribuer des notes aux élèves dont j'avais la charge . Les évaluations nationales pour certains cours ont accompagné les "contrôles" mis sur pied trimestriellement dans chaque classe. Le premier type de diagnostic affiche des résultats en terme d'acquisition de compétences précisées avec des pourcentage de réussite . Le second modèle de test , plus familier à toute la communauté éducative , et qui a survécu à l'arrivée du premier, rend ses verdicts en notes chiffrées , généralement de 0 à 20 .
Il fut un temps, lointain mais réel, où l'attribution des notes s'accompagnait d'un classement des élèves comme dans une compétition sportive . Et s'il était loisible de féliciter les enfants occupant les premières places , il était moins réjouissant de signifier à un gamin qu'il était le dernier de la classe. C'est pourtant ce que l'on a fait pendant des décennies .
Le classement a disparu mais les notes ont perduré et jusqu'à mon départ à la retraite j'ai utilisé un système de notation classique tous mes collègues faisant de même .
Une chose est claire : l'évaluation est indispensable . Elle est indispensable car l'essence même de l'école c'est l'apprentissage de chaque élève et ses progrès (ou ses non progrès ).
Une inspectrice disait un jour : "C'est déjà positif si l'élève progresse par rapport à lui-même." Pour vérifier il faut l'évaluer, même si cela s'opère avec une approche prudente voire timide .
Et il faut bien sûr évaluer par rapport à la norme car l'institution l'exige et les parents l'exigent aussi . Et c'est le travail et le rôle du maître.
Le cursus scolaire n'est pas une compétition entre élèves . Il est un processus d'apprentissage pour chaque élève et on doit pouvoir contrôler , probablement tous les trois mois , où en est cet apprentissage . Et , il faut admettre que les notes sont un signe révélateur, sans doute parfois maladroit , peut-être pas toujours très significatif,mais réel.
Avec le temps , vint le temps des compétences et de leur vérification en termes d'acquisition ou de non-acquisition.
L'idée était séduisante .
Le processus était attrayant car il était porteur de précision (s) sur la nature et l'étendue des thèmes à évaluer . On vérifiait si l'élève connaissait telle ou telle chose et savait transformer son savoir en compétence précise et concrète. On voyait donc ce qu'il savait faire , ce qu'il ne savait pas faire et ce qu'il était en train d'apprende progressivement à savoir faire .
La démarche permettait , outre une incursion dans une profitable précision , d'éviter des situations abruptes survenant souvent dans les évalutions des travaux d'élèves.
Un exercice dont la consigne aurait été mal assimilée pouvait, par exemple , faire baisser la note de façon sensible ... Et les aléas de ce type étaient fréquents notamment dans des travaux écrits relativement longs nécessitant une attention soutenue de la part des élèves. Et, peut-être la note globale y perdait-elle , un petit peu de sa signification ?
Le recours à l'examen des compétences favorisait une analyse plus spécifique , plus tangible et bien plus en adéquation avec les apprentissages réalisés lors des semaines précédentes. On était sûr de n'évaluer que ce qui avait été vraiment étudié dans la classe .
Cela nécessitait bien entendu un inévitable préalable, celui du choix adéquat des dites compétences ...Il fallait choisir car on s'aperçut rapidement que courait le risque d'être noyé sous un flot d'items qu'il aurait été fort malaisé de maîtriser .
La concordance avec les thèmes enseignés dans la classe était une condition sine que non mais au-delà il fallait établir une priorité dans le choix des questions et cela nécessitait un vrai travail de réflexion chez l'enseignant .
Nous sommes nombreux , dans le très légitime souci de bien faire ,à avoir fait cohabiter les deux démarches .
Ce fut un indéniable surcroît de travail mais aussi un indubitable progrès dans la connaissance des progrès de chaque élève et de la classe .